17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 13:58
Je savais que ce serait toi
Avec cette petite bouche,
Avec ce front et cette voix,
Ce regard indécis qui louche.
Je savais que ta jeune chair
Aurait ces nacres veloutées,
Que tes mains tapoteraient l'air
Pour saisir la robe des fées.
Je savais la suave odeur
De lait pur qu'aurait ton haleine
Et quel choc effrayant ton cœur
Battrait sous la guimpe de laine.
Je sentais si bien tes pieds nus
Marcher dans mon douillet mystère
Que mon sang les a reconnus
Quand tu les posas sur la terre.
Comment ne t'aurais-je pas vu
Avec les yeux de ma pensée ?
Rien de toi ne m'est imprévu,
Petite âme que j'ai tissée.
Quand tu poussas ton premier cri,
Ce cri me sortait des entrailles;
Mon souffle s'étire attiédi
Sur tes lèvres lorsque tu bâilles.
Jusqu'au bout de tes menus doigts,
Je me prolonge et me sens vivre;
Comme au vent la feuille des bois,
Mon penchant incline à te suivre.
De l'ombre où je la retenais
Dans l'effroi de la clarté nue,
N'es-tu pas, enfant nouveau-né,
Une de mes formes venue
Afin que d'un rêve jaloux
Je goûte l'intime caresse
Et que je berce la tristesse
De mon âme sur mes genoux.

Cécile Sauvage
(Œuvres complètes - © La Table Ronde - 2002)

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