Fleurs - Poèmes/Comptines

Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /2010 19:30
Les marronniers de la terrasse
Vont bientôt fleurir, à Saint-Jean,
La villa d'où la vue embrasse
Tant de monts bleus coiffés d'argent.

La feuille, hier encor pliée
Dans son étroit corset d'hiver,
Met sur la branche déliée
Les premières touches de vert.

Mais en vain le soleil excite
La sève des rameaux trop lents;
La fleur retardataire hésite
A faire voir ses thyrses blancs.

Pourtant le pêcher est tout rose,
Comme un désir de la pudeur,
Et le pommier, que l'aube arrose,
S'épanouit dans sa candeur.

La véronique s'aventure
Près des boutons d'or dans les prés,
Les caresses de la nature
Hâtent les germes rassurés.

Il me faut retourner encore
Au cercle d'enfer où je vis;
Marronniers, pressez-vous d'éclore
Et d'éblouir mes yeux ravis.

Vous pouvez sortir pour la fête
Vos girandoles sans péril,
Un ciel bleu luit sur votre faîte
Et déjà mai talonne avril.

Par pitié, donnez cette joie
Au poète dans ses douleurs,
Qu'avant de s'en aller, il voie
Vos feux d'artifice de fleurs.

Grands marronniers de la terrasse,
Si fiers de vos splendeurs d'été,
Montrez-vous à moi dans la grâce
Qui précède votre beauté.

Je connais vos riches livrées,
Quand octobre, ouvrant son essor,
Vous met des tuniques pourprées,
Vous pose des couronnes d'or.

Je vous ai vus, blanches ramées,
Pareils aux dessins que le froid
Aux vitres d'argent étamées
Trace, la nuit, avec son doigt.

Je sais tous vos aspects superbes,
Arbres géants, vieux marronniers,
Mais j'ignore vos fraîches gerbes
Et vos arômes printaniers.

Adieu, je pars lassé d'attendre;
Gardez vos bouquets éclatants !
Une autre fleur suave et tendre,
Seule à mes yeux fait le printemps.

Que mai remporte sa corbeille !
Il me suffit de cette fleur;
Toujours pour l'âme et pour l'abeille
Elle a du miel pur dans le cœur.

Par le ciel d'azur ou de brume
Par la chaude ou froide saison,
Elle sourit, charme et parfume,
Violette de la maison !

(Théophile Gautier - Emaux et camées)

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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /2010 19:30
Un soir, vaincu par le labeur
Où s'obstine le front de l'homme,
Je m'assoupis, et dans mon somme
M'apparut un bouton de fleur.

C'était cette fleur qu'on appelle
Pensée; elle voulait s'ouvrir,
Et moi je m'en sentais mourir :
Toute ma vie allait en elle.

Echange invisible et muet :
A mesure que ses pétales
Forçaient les ténèbres natales,
Ma force à moi diminuait.

Et ses grands yeux de velours sombre
Se dépliaient si lentement
Qu'il me semblait que mon tourment
Mesurât des siècles sans nombre.

« Vite, ô fleur, l'espoir anxieux
De te voir éclore m'épuise;
Que ton regard s'achève et luise ! »

(René Armand François Sully Prudhomme)

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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /2010 20:00
A Madame M…

Quand la rose s’entr’ouvre, heureuse d’être belle,
De son premier regard elle enchante autour d’elle
Et le bosquet natal et les airs et le jour.

Dès l’aube elle sourit. La brise avec amour
Sur le buisson la berce, et sa jeune aile errante
Se charge en là touchant d’une odeur enivrante;
Confiante, la fleur livre à tous son trésor.

Pour la mieux respirer en passant on s’incline;
Nous sommes déjà loin, mais la senteur divine
Se répand sur nos pas et nous parfume encor.

(Louise Ackermann - Contes et poésies)

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Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /2009 20:15
Roses ardentes
Dans l'immobile nuit,
C'est en vous que je chante,
Et que je suis.

En vous, étincelles,
A la cime des bois,
Que je suis éternelle,
Et que je vois.

Ô mer profonde,
C'est en toi que mon sang
Renaît vague blonde,
En flot dansant.

Et c'est en toi, force suprême,
Soleil radieux,
Que mon âme elle-même
Atteint son dieu !

(Charles Van Lerberghe - La chanson d'Eve)

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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /2009 18:45
Le sylphe matinal qui verse la rosée,
Trop amoureux du lis, oublia ce matin
De baigner l'humble fleur demi-morte et brisée
Qu’une larme du ciel ranimerait soudain.
Comme fait un amant avec sa fiancée,
A quelque muse triste ayant donné la main,
Cherchant l’ombre et la paix, pied lent, tête baissée,
Un poète le soir traversa le chemin.

Soit amour mal éteint, soit douleur mal fermée,
Il pleurait en marchant sous l’ombreuse ramée;
Une larme tomba de ses yeux sur la fleur,
Sur la fleur demi-morte au pied du lis superbe,
Et qui reprit bientôt, parmi ses sœurs de l’herbe
Son arôme champêtre et ses vives couleurs.

(Henri Murger)

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