Espiègle ! j’ai bien vu tout ce que vous faisiez,
Ce matin, dans le champ planté de cerisiers
Où seule vous étiez, nu-tête, en robe blanche.
Caché par le taillis, j’observais. Une branche,
Lourde sous les fruits mûrs, vous barrait le chemin
Et se trouvait à la hauteur de votre main.
Or, vous avez cueilli des cerises vermeilles,
Coquette ! et les avez mises à vos oreilles,
Tandis qu’un vent léger dans vos boucles jouait.
Alors, vous asseyant pour cueillir un bleuet
Dans l’herbe, et puis un autre, et puis un autre encore,
Vous les avez piqués dans vos cheveux d’aurore;
Et, les bras recourbés sur votre front fleuri,
Assise dans le vert gazon, vous avez ri;
Et vos joyeuses dents jetaient une étincelle.
Mais pendant ce temps-là, ma belle demoiselle,
Un seul témoin, qui vous gardera le secret,
Tout heureux de vous voir heureuse, comparait,
Sur votre frais visage animé par les brises,
Vos regards aux bleuets, vos lèvres aux cerises.
(François Coppée)
Quand Dieu lâcha les grandes eaux
Pour qu'on pût aller dans les îles
Ça bouscula les animaux
Et Noé qui vivaient tranquilles.
Et tous se sentant mouillés
Poussaient de grands cris effrayés :
Hihan ! Miaou ! Cocorico !
Oua ! Oua ! Meu ! Meu ! Bée ! Bée ! Coin ! Coin !
Y'avait qu'les poissons qui ne criaient point.
Alors Noé fit un bateau
Un bateau grand comme une église
Et dit aux bêtes : " Venez sur l'eau !
Mieux que dessous on vit à sa guise !"
Et tous les animaux ravis
Acclamaient Noé par leurs cris :
Hihan ! Miaou ! Cocorico !
Oua ! Oua ! Meu ! Meu ! Bée ! Bée ! Coin ! Coin !
Y'avait qu'les poissons qui n'acclamaient point.
Depuis trois jours qu'ils flottaient tous
Quand Noé qu'avait triste mine
Dit : "Il faut que je mange l'un de vous
Pour ne pas mourir de famine".
Mais tous les animaux ingrats
Criaient ensemble : " Je ne veux pas ! "
Hihan ! Miaou ! Cocorico !
Oua ! Oua ! Meu ! Meu ! Bée ! Bée ! Coin ! Coin !
Y'avait qu'les poissons qui ne protestaient point.
Alors voyant qu'eux ne disaient rien
Noé concluant que c'était signe
Que les pauvres poissons voulaient bien
Inventa la pêche à la ligne.
Tandis que tous les animaux
Remerciaient le ciel de ces mots :
Hihan ! Miaou ! Cocorico !
Oua ! Oua ! Meu ! Meu ! Bée ! Bée ! Coin ! Coin !
Y'avait qu'les poissons qui ne remerciaient point.
(Tradition)
Ecouter la mélodie :