Qu'ils étaient doux ces jours de mon enfance Où toujours gai, sans soucis, sans chagrin, je coulai ma douce existence, Sans songer au lendemain. Que me servait que tant de connaissances A mon esprit vinssent donner l'essor, On n'a pas besoin des sciences, Lorsque l'on vit dans l'âge d'or ! Mon cœur encore tendre et novice, Ne connaissait pas la noirceur, De la vie en cueillant les fleurs,
Dans la chambre paisible où tout bas la veilleuse Palpite comme une âme humble et mystérieuse, Le père, en étouffant ses pas, s'est approché Du petit lit candide où l'enfant est couché; Et sur cette faiblesse et ces douceurs de neige Pose un regard profond qui couve et qui protège. Un souffle imperceptible aux lèvres l'enfant dort, Penchant la tête ainsi qu'un petit oiseau mort, Et, les doigts repliés au creux de ses mains closes, Laisse à travers le lit traîner ses bras de roses. D'un fin poudroiement d'or ses cheveux l'ont nimbé; Un peu de moiteur perle à son beau front bombé, Ses pieds ont repoussé les draps, la couverture, Et, libre maintenant, nu jusqu'à la ceinture, Il laisse voir, ainsi qu'un lys éblouissant, La pure nudité de sa chair d'innocent. Le père le contemple, ému jusqu'aux entrailles... La veilleuse agrandit les ombres aux murailles; Et soudain, dans le calme immense de la nuit, Sous un souffle venu des siècles jusqu'à lui, Il sent, plein d'un bonheur que nul verbe ne nomme, Le grand frisson du sang passer dans son cœur d'homme.
Deux et deux quatre quatre et quatre huit huit et huit font seize... Répétez ! dit le maître Deux et deux quatre quatre et quatre huit huit et huit font seize. Mais voilà l'oiseau-lyre qui passe dans le ciel l'enfant le voit l'enfant l'entend l'enfant l'appelle : Sauve-moi joue avec moi oiseau ! Alors l'oiseau descend et joue avec l'enfant Deux et deux quatre... Répétez ! dit le maître et l'enfant joue l'oiseau joue avec lui... Quatre et quatre huit huit et huit font seize et seize et seize qu'est-ce qu'ils font ? Ils ne font rien seize et seize et surtout pas trente-deux de toute façon et ils s'en vont. Et l'enfant a caché l'oiseau dans son pupitre et tous les enfants entendent sa chanson et tous les enfants entendent la musique et huit et huit à leur tour s'en vont et quatre et quatre et deux et deux à leur tour fichent le camp et un et un ne font ni une ni deux un à un s'en vont également. Et l'oiseau-lyre joue et l'enfant chante et le professeur crie : Quand vous aurez fini de faire le pitre ! Mais tous les autres enfants écoutent la musique et les murs de la classe s'écroulent tranquillement Et les vitres redeviennent sable l'encre redevient eau les pupitres redeviennent arbres la craie redevient falaise le porte-plume redevient oiseau.
En sortant de l'école Nous avons rencontré Un grand chemin de fer Qui nous a emmenés Tout autour de la terre Dans un wagon doré Tout autour de la terre Nous avons rencontré La mer qui se promenait Avec tous ses coquillages Ses îles parfumées Et puis ses beaux naufrages Et ses saumons fumés Au-dessus de la mer Nous avons rencontré La lune et les étoiles Sur un bateau à voiles Partant pour le Japon Et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main Tournant la manivelle d'un petit sous-marin Plongeant au fond des mers Pour chercher des oursins Revenant sur la terre Nous avons rencontré Sur la voie de chemin de fer Une maison qui fuyait Fuyait tout autour de la terre Fuyait tout autour de la mer Fuyait devant l'hiver Qui voulait l'attraper Mais nous sur notre chemin de fer On s'est mis à rouler Rouler derrière l'hiver Et on l'a écrasé Et la maison s'est arrêtée Et le printemps nous a salués C'était lui le garde-barrière Et il nous a bien remerciés Et toutes les fleurs de toute la terre Soudain se sont mises à pousser Pousser à tort et à travers Sur la voie du chemin de fer Qui ne voulait plus avancer De peur de les abîmer Alors on est revenu à pied A pied tout autour de la terre A pied tout autour de la mer Tout autour du soleil De la lune et des étoiles A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles.
Peindre d'abord une cage avec une porte ouverte peindre ensuite quelque chose de joli quelque chose de simple quelque chose de beau quelque chose d'utile pour l'oiseau placer ensuite la toile contre un arbre dans un jardin dans un bois ou dans une forêt se cacher derrière l'arbre sans rien dire sans bouger... Parfois l'oiseau arrive vite mais il peut aussi mettre de longues années avant de se décider Ne pas se décourager attendre attendre s'il le faut pendant des années la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau n'ayant aucun rapport avec la réussite du tableau Quand l'oiseau arrive s'il arrive observer le plus profond silence attendre que l'oiseau entre dans la cage et quand il est entré fermer doucement la porte avec le pinceau puis effacer un à un tous les barreaux en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau Faire ensuite le portrait de l'arbre en choisissant la plus belle de ses branches pour l'oiseau peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent la poussière du soleil et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter Si l'oiseau ne chante pas C'est mauvais signe signe que le tableau est mauvais mais s'il chante c'est bon signe signe que vous pouvez signer Alors vous arrachez tout doucement une des plumes de l'oiseau et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.
Il dit non avec la tête mais il dit oui avec le cœur il dit oui à ce qu'il aime il dit non au professeur il est debout on le questionne et tous les problèmes sont posés soudain le fou rire le prend et il efface tout les chiffres et les mots les dates et les noms les phrases et les pièges et malgré les menaces du maître sous les huées des enfants prodiges avec les craies de toutes les couleurs sur le tableau noir du malheur il dessine le visage du bonheur.
Sous un berceau de fleurs, un bel enfant repose Dans les bras maternels, - deux ivoires polis. Vermeil, demi-penché, l'on dirait d'une rose Qu'un souffle de printemps incline entre deux lis.
Déroulée en anneaux, sa chevelure est blonde Comme un bouquet d'épis aux mains du moissonneur. Bleus comme les lotus qui se mirent dans l'onde, Ses yeux en ont l'éclat, leurs regards, la douceur.
Son sourire ressemble à celui de l'aurore Transparente à travers le voile de la nuit; Sa voix, au cri joyeux, mais inhabile encore, De l'oisillon jasant à l'étroit dans son nid.
De la voix, du sourire, il enchante et caresse L'oreille et les regards ; et la mère, à son tour, Abeille butinant une rose, - ne cesse De cueillir des baisers sur cette fleur d'amour.
Enfants d'un jour, ô nouveaux nés, Petites bouches, petits nez, Petites lèvres demi-closes Membres tremblants, Si frais, si blancs, Si roses.
Pour vos grands yeux effarouchés Que sous vos draps blancs vous cachez, Pour vos sourires, vos pleurs même, Tout ce qu'en vous, Etres si doux, On aime !
C'est la voix de l'ange gardien, Dormez, dormez, ne craignez rien, Rêvez, sous ses ailes de neige, Le beau jaloux Vous berce et vous Protège.
Vous êtes à toute maison Ce que la fleur est au gazon, Ce qu'au ciel est l'étoile blanche Ce qu'un peu d'eau Est au roseau Qui penche.
Enfants d'un jour, ô nouveaux nés, Pour le bonheur que vous donnez A vous voir dormir dans vos langes Espoir des nids Soyez bénits ! Chers anges !
Lorsque sur vos chauds oreillers, En souriant vous sommeillez, Près de vous tout bas, ô merveille ! Une voix dit : - Dors beau petit, Je veille.
Enfants d'un jour, ô nouveaux nés, Au Paradis, d'où vous venez. Un léger fil d'or vous rattache A ce fil d'or Tient l'âme, encor(e) Sans tache.
Mais vous avez de plus encor(e) Ce que n'a pas l'étoile d'or, Ce qui manque aux fleurs les plus belles : Bonheur pour nous Vous avez tous Des ailes.