27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 16:26
Qu'ils étaient doux ces jours de mon enfance
Où toujours gai, sans soucis, sans chagrin,
je coulai ma douce existence,
Sans songer au lendemain.
Que me servait que tant de connaissances
A mon esprit vinssent donner l'essor,
On n'a pas besoin des sciences,
Lorsque l'on vit dans l'âge d'or !
Mon cœur encore tendre et novice,
Ne connaissait pas la noirceur,
De la vie en cueillant les fleurs,

(Gérard de Nerval - Poésies de jeunesse)

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22 septembre 2008 1 22 /09 /septembre /2008 11:20
Dans la chambre paisible où tout bas la veilleuse
Palpite comme une âme humble et mystérieuse,
Le père, en étouffant ses pas, s'est approché
Du petit lit candide où l'enfant est couché;
Et sur cette faiblesse et ces douceurs de neige
Pose un regard profond qui couve et qui protège.
Un souffle imperceptible aux lèvres l'enfant dort,
Penchant la tête ainsi qu'un petit oiseau mort,
Et, les doigts repliés au creux de ses mains closes,
Laisse à travers le lit traîner ses bras de roses.
D'un fin poudroiement d'or ses cheveux l'ont nimbé;
Un peu de moiteur perle à son beau front bombé,
Ses pieds ont repoussé les draps, la couverture,
Et, libre maintenant, nu jusqu'à la ceinture,
Il laisse voir, ainsi qu'un lys éblouissant,
La pure nudité de sa chair d'innocent.
Le père le contemple, ému jusqu'aux entrailles...
La veilleuse agrandit les ombres aux murailles;
Et soudain, dans le calme immense de la nuit,
Sous un souffle venu des siècles jusqu'à lui,
Il sent, plein d'un bonheur que nul verbe ne nomme,
Le grand frisson du sang passer dans son cœur d'homme.

(Albert Samain - Le chariot d'or)

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20 septembre 2008 6 20 /09 /septembre /2008 11:50
C'est un rayon de soleil,
Un vrai cadeau du ciel
Il ressemble à un ange,
Tout rempli d'innocence

C'est le fruit de l'amour,
Le souvenir d'un jour
Où l'on a tout donné
Pour faire un nouveau né

Il aime être bercé
Dans des bras bien serrés,
Là, tout contre le cœur
Il fait croire au bonheur

Comme l'oiseau dans son nid
Il découvre la vie,
Il regarde et il rit,
On voit qu'il a compris.

(Jean-Claude Brinette)

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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 09:35
C'est un petit bonhomme
A peine haut comme trois pommes,
Tout débordant de vie
Pour prouver qu'il existe.

Il aime les châteaux de sable,
L'herbe verte et agréable.
Il jette des pierres dans l'eau,
Court après les oiseaux.

Il fait beaucoup d' soucis
Mais tous on les oublie,
Quand il vient dire : je t'aime
On ne pense plus à ses peines.

Il a le cœur très pur
Où il n'y a pas de murs,
Dans ses grands yeux ouverts
Brille tout un univers...

Endormi contre un arbre,
Une peluche dans les bras,
Il rêve de contes de fées,
Du royaume de la bonté.

C'est qu'un petit enfant,
C'est fait pour les mamans,
Un amour aussi grand
Peut vivre éternellement.

(Jean-Claude Brinette)

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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 07:12
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize...
Répétez ! dit le maître
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize.
Mais voilà l'oiseau-lyre qui passe dans le ciel
l'enfant le voit
l'enfant l'entend
l'enfant l'appelle :
Sauve-moi joue avec moi oiseau !
Alors l'oiseau descend
et joue avec l'enfant
Deux et deux quatre...
Répétez ! dit le maître
et l'enfant joue
l'oiseau joue avec lui...
Quatre et quatre huit
huit et huit font seize
et seize et seize qu'est-ce qu'ils font ?
Ils ne font rien seize et seize
et surtout pas trente-deux de toute façon
et ils s'en vont.
Et l'enfant a caché l'oiseau dans son pupitre
et tous les enfants entendent sa chanson
et tous les enfants entendent la musique
et huit et huit à leur tour s'en vont
et quatre et quatre et deux et deux
à leur tour fichent le camp
et un et un ne font ni une ni deux
un à un s'en vont également.
Et l'oiseau-lyre joue
et l'enfant chante
et le professeur crie :
Quand vous aurez fini de faire le pitre !
Mais tous les autres enfants écoutent la musique
et les murs de la classe s'écroulent tranquillement
Et les vitres redeviennent sable
l'encre redevient eau
les pupitres redeviennent arbres
la craie redevient falaise
le porte-plume redevient oiseau.

(Jacques Prévert)

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 10:50



En sortant de l'école
Nous avons rencontré
Un grand chemin de fer
Qui nous a emmenés
Tout autour de la terre
Dans un wagon doré
Tout autour de la terre
Nous avons rencontré
La mer qui se promenait
Avec tous ses coquillages
Ses îles parfumées
Et puis ses beaux naufrages
Et ses saumons fumés
Au-dessus de la mer
Nous avons rencontré
La lune et les étoiles
Sur un bateau à voiles
Partant pour le Japon
Et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main
Tournant la manivelle d'un petit sous-marin
Plongeant au fond des mers
Pour chercher des oursins
Revenant sur la terre
Nous avons rencontré
Sur la voie de chemin de fer
Une maison qui fuyait
Fuyait tout autour de la terre
Fuyait tout autour de la mer
Fuyait devant l'hiver
Qui voulait l'attraper
Mais nous sur notre chemin de fer
On s'est mis à rouler
Rouler derrière l'hiver
Et on l'a écrasé
Et la maison s'est arrêtée
Et le printemps nous a salués
C'était lui le garde-barrière
Et il nous a bien remerciés
Et toutes les fleurs de toute la terre
Soudain se sont mises à pousser
Pousser à tort et à travers
Sur la voie du chemin de fer
Qui ne voulait plus avancer
De peur de les abîmer
Alors on est revenu à pied
A pied tout autour de la terre
A pied tout autour de la mer
Tout autour du soleil
De la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles.

(Jacques Prévert)

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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 18:50
Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
C'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

(Jacques Prévert)

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 10:15
Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le cœur
il dit oui à ce qu'il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.

(Jacques Prévert)

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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 09:44
Sous un berceau de fleurs, un bel enfant repose
Dans les bras maternels, - deux ivoires polis.
Vermeil, demi-penché, l'on dirait d'une rose
Qu'un souffle de printemps incline entre deux lis.

Déroulée en anneaux, sa chevelure est blonde
Comme un bouquet d'épis aux mains du moissonneur.
Bleus comme les lotus qui se mirent dans l'onde,
Ses yeux en ont l'éclat, leurs regards, la douceur.

Son sourire ressemble à celui de l'aurore
Transparente à travers le voile de la nuit;
Sa voix, au cri joyeux, mais inhabile encore,
De l'oisillon jasant à l'étroit dans son nid.

De la voix, du sourire, il enchante et caresse
L'oreille et les regards ; et la mère, à son tour,
Abeille butinant une rose, - ne cesse
De cueillir des baisers sur cette fleur d'amour.

(Léandre Brocherie)

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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 09:08
Enfants d'un jour, ô nouveaux nés,
Petites bouches, petits nez,
Petites lèvres demi-closes
Membres tremblants,
Si frais, si blancs,
Si roses.

Pour vos grands yeux effarouchés
Que sous vos draps blancs vous cachez,
Pour vos sourires, vos pleurs même,
Tout ce qu'en vous,
Etres si doux,
On aime !

C'est la voix de l'ange gardien,
Dormez, dormez, ne craignez rien,
Rêvez, sous ses ailes de neige,
Le beau jaloux
Vous berce et vous
Protège.

Vous êtes à toute maison
Ce que la fleur est au gazon,
Ce qu'au ciel est l'étoile blanche
Ce qu'un peu d'eau
Est au roseau
Qui penche.

Enfants d'un jour, ô nouveaux nés,
Pour le bonheur que vous donnez
A vous voir dormir dans vos langes
Espoir des nids
Soyez bénits !
Chers anges !

Lorsque sur vos chauds oreillers,
En souriant vous sommeillez,
Près de vous tout bas, ô merveille !
Une voix dit :
- Dors beau petit,
Je veille.

Enfants d'un jour, ô nouveaux nés,
Au Paradis, d'où vous venez.
Un léger fil d'or vous rattache
A ce fil d'or
Tient l'âme, encor(e)
Sans tache.

Mais vous avez de plus encor(e)
Ce que n'a pas l'étoile d'or,
Ce qui manque aux fleurs les plus belles :
Bonheur pour nous
Vous avez tous
Des ailes.

(Alphonse Daudet - Les Amoureuses)

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