29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 18:22
J'aime l'âne si doux
marchant le long des houx.
Il prend garde aux abeilles
et bouge ses oreilles;
et il porte les pauvres
et des sacs remplis d'orge.

Il va, près des fossés,
d'un petit pas cassé.
Mon amie le croit bête
parce qu'il est poète.
Il réfléchit toujours.
Ses yeux sont en velours.

Jeune fille au doux cœur,
tu n'as pas sa douceur :
car il est devant Dieu
l'âne doux du ciel bleu.

Et il reste à l'étable,
résigné, misérable,
ayant bien fatigué
ses pauvres petits pieds.
Il a fait son devoir
du matin jusqu'au soir.

Qu'as-tu fait jeune fille ?
Tu as tiré l'aiguille ...
Mais l'âne s'est blessé :
la mouche l'a piqué.
Il a tant travaillé
que ça vous fait pitié.

Qu'as-tu mangé, petite ?
T'as mangé des cerises.
L'âne n'a pas eu d'orge,
car le maître est trop pauvre.
Il a sucé la corde,
puis a dormi dans l'ombre ...

La corde de ton cœur
n'a pas cette douceur.
Il est l'âne si doux
marchant le long des houx.
J'ai le cœur ulcéré :
ce mot-là te plairait.

Dis-moi donc, ma chérie,
si je pleure ou je ris ?
Va trouver le vieil âne,
et dis-lui que mon âme
est sur les grands chemins,
comme lui le matin.

Demande-lui, chérie,
si je pleure ou je ris ?
Je doute qu'il réponde :
il marchera dans l'ombre,
crevé par la douleur,
sur le chemin en fleurs.

(Francis Jammes)

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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 15:51
Le petit berger, haut comme un manche de hache,
S'obstine à taquiner la bonne mère vache
Qui supporte l'enfant, comme sans s'en douter,
Et machinalement continue à brouter,

Il joue avec sa corne, à son fanon s'attache,
Ebouriffe ses crins, les tire, les arrache,
Se cramponne à sa queue et se fait traînoter...
Elle ne songe pas à s'impatienter.

Quand le marmot à soif du breuvage qui mousse,
Sous le bedon frôlé par sa tignasse rousse,
De sa main frêle il prend le tétin violet,

Le pressant vers sa bouche avide qui s'y penche,
Et maternellement, pour mieux donner son lait,
Rumine sans bouger la bonne vache blanche.

(Maurice Rollinat)

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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 14:34
Les petits lapins, dans les bois,
Folâtrent sur l'herbe arrosée
Et, comme nous le vin d'Arbois,
Ils boivent la douce rosée.

Gris foncé, gris clair, soupe au lait,
Ces vagabonds, dont se dégage
Comme une odeur de serpolet,
Tiennent à peu près ce langage :

"Nous sommes les petits lapins,
Gens étrangers à l'écriture,
Et chaussés des seuls escarpins
Que nous a donné la nature.

Nous sommes les petits lapins.
C'est le poil qui forme nos bottes,
Et, n'ayant pas de calepins,
Nous ne prenons jamais de notes.

Et dans la bonne odeur des pins
Qu'on voit ombrageant ces clairières
Nous sommes les petits lapins
Assis sur leurs petits derrières."

(Théodore de Banville)

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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 16:54
Et pleine d'un bétail magnifique, l'étable,
A main gauche, près des fumiers étagés haut,
Volets fermés, dormait d'un pesant sommeil chaud,
Sous les rayons serrés d'un soleil irritable.
Dans la moite chaleur de la ferme au repos,
Dans la vapeur montant des fumantes litières,
Les bœufs dressaient le roc de leurs croupes altières
Et les vaches beuglaient très doux, les yeux mi-clos.

(Emile Verhaeren - Les flamandes)

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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 16:52
A voir la ferme au loin monter avec ses toits,
Monter, avec sa tour et ses meules en dômes
Et ses greniers coiffés de tuiles et de chaumes,
Avec ses pignons blancs coupés par angles droits ;
A voir la ferme au loin monter dans les verdures,
Reluire et s'étaler dans la splendeur des Mais,
Quand l'été la chauffait de ses feux rallumés
Et que les hêtres bruns l'éventaient de ramures.

(Emile Verhaeren - Les flamandes)

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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 15:55
Un âne avait beaucoup de peine
à raconter sa vie d'âne
à un beau cheval blanc
qui le narguait.
"Exprime-toi comme un cheval",
lui disait le cheval.
Et l'âne lui répondait :
"Je ne puis que m'exprimer comme un âne
puisque j'en suis un."
Et le cheval irrité lui disait :
"Un âne se tait devant un cheval.
Ne te l'a-t-on pas appris ? "
Et l'âne pleurait, pleurait.
Et ses larmes, c'était un matin d'été torride
rafraîchissaient le sol qui, à sa façon,
le remerciait.

(Edmond Jabès)

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 17:22
Ma bonne chèvre limousine,
Gentille bête à l'œil humain,
J'aime à te voir sur mon chemin
Loin de la gare et de l'usine.

Toi que la barbe encapucine,
Tu gambades comme un gamin,
Ma bonne chèvre limousine,
Gentille bête à l'œil humain.

Je vais à la ferme voisine,
Mais je te jure que demain
Tu viendras croquer dans ma main
Du sucre et du sel de cuisine,
Ma bonne chèvre limousine.

(Maurice Rollinat)

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 17:15
Dans le pré qui vers l'eau dévale,
Un lapin sauvage détale.
Un saut bref, un rapide élan,
Et montrant son panache blanc,
Il fuit vers la forêt prochaine.
Une touffe de marjolaine
L'arrête un peu. Faisant le guet,
Il entr'ouvre un œil inquiet,
Et, seule, son oreille bouge
Un bond brusque dans le foin rouge.
Et, n'entendant plus aucun bruit,
Le nez au vent, humant la nuit
Où déjà la lune se lève,
Assis sur son derrière, il rêve.

(Jeanne Marvig)

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