Mais lors voici qu'un oiseau chante, Dans une pauvre cage en bois, Mais lors voici qu'un oiseau chante Sur une ville et tous ses toits, Et qu'il dit qu'on le voit le monde Et sur la mer la pluie tomber, Et des voiles s'en aller rondes, Sur l'eau si loin...
Les nuages sont revenus, Et la treille qu’on a saignée Tord ses longs bras maigres et nus Sur la muraille renfrognée. La brume a terni les blancheurs Et cassé les fils de la vierge; Et le vol des martins-pêcheurs Ne frissonne plus sur la berge. Les arbres...
Rien qu'un petit bonheur, Suzette, Un petit bonheur qui se tait. Le bleu du ciel est de la fête; Rien qu'un petit bonheur secret. Il monte ! C'est une alouette Et puis voilà qu'il disparaît; Le bleu du ciel est de la fête. Il chante, il monte, il disparaît....
Ma sirène est bleue comme les veines où elle nage Pour l'instant elle dort sur la nacre Et sur l'océan que je crée pour elle Elle peut visiter les grottes magiques des îles saugrenues Là des oiseaux très bêtes conversent avec des crocodiles qui n'en finissent...
La biche brame au clair de lune Et pleure à se fondre les yeux : Son petit faon délicieux A disparu dans la nuit brune. Pour raconter son infortune A la forêt de ses aïeux, La biche brame au clair de lune Et pleure à se fondre les yeux. Mais aucune réponse,...
A Jules Dupré La rivière s'écoule avec lenteur. Ses eaux Murmurent, près du bord, aux souches des vieux aulnes Qui se teignent de sang; de hauts peupliers jaunes Sèment leurs feuilles d'or parmi les blonds roseaux. Le vent léger, qui croise en mobiles...
Oh ! de l'air ! des parfums ! des fleurs pour me nourrir ! Il semble que les fleurs alimentent ma vie; Mais elles vont mourir... Ah ! je leur porte envie : Mourir jeune, au soleil, Dieu ! que c'est bien mourir ! Pour éteindre une fleur il faut moins qu'un...
La trompe de l'éléphant, c'est pour ramasser les pistaches : pas besoin de se baisser. Le cou de la girafe, c'est pour brouter les astres : pas besoin de voler. La peau du caméléon, verte, bleue, mauve, blanche, selon sa volonté, c'est pour se cacher...
La grenouille aux souliers percés A demandé la charité Les arbres lui ont donné Des feuilles mortes et tombées Les champignons lui ont donné Le duvet de leur grand chapeau L'écureuil lui a donné Quatre poils de son manteau L'herbe lui a donné Trois petites...
Le petit berger, haut comme un manche de hache, S'obstine à taquiner la bonne mère vache Qui supporte l'enfant, comme sans s'en douter, Et machinalement continue à brouter, Il joue avec sa corne, à son fanon s'attache, Ebouriffe ses crins, les tire, les...
On voit tout le temps, en automne, Quelque chose qui vous étonne, C'est une branche tout à coup, Qui s'effeuille dans votre cou. C'est un petit arbre tout rouge, Un, d'une autre couleur encor, Et puis partout, ces feuilles d'or Qui tombent sans que rien...
Aimons-nous et dormons Sans songer au reste du monde ! Ni le flot de la mer, ni l'ouragan des monts, Tant que nous nous aimons Ne courbera ta tête blonde, Car l'amour est plus fort Que les Dieux et la Mort ! Le soleil s'éteindrait Pour laisser ta blancheur...
Retenez-vous de rire dans le petit matin ! N’écoutez pas les arbres qui gardent les chemins ! Ne dites votre nom à la terre endormie qu’après minuit sonné ! À la neige, à la pluie ne tendez pas la main ! N’ouvrez votre fenêtre qu’aux petites planètes...
Araignée du matin : chagrin, pensait un bébé coccinelle cherchant à libérer ses ailes. Araignée du midi : souci grognait un rat dans son chagrin de voir un chat près de sa belle. Araignée du soir : espoir, disait au briquet l'étincelle mourant dans le...
Gloire, gloire au bel hippocampe, Cheval marin, cheval de trempe, Qu’aucun jockey n’a chevauché, Qu'aucun cocher n'a harnaché. Hip ! Hip ! Hip ! pour l’hippocampe. Gloire ! Gloire au bel hippocampe, Dans une poche, sur son ventre, Il porte et il couve...
Pour plaire à sa femme Qui le trouvait gros, Un hippopotame A fait du judo. Pour plaire à sa femme Qui le trouvait laid, Un hippopotame Fit du karaté. Quand l’hippopotame Se vit mince et beau, Il dit à sa femme Qu’elle pesait trop Et qu’elle avait l’air,...
Bien que je sois très pacifique, Ce que je pique et pique et pique Se lamentait le hérisson. Je n'ai pas un seul compagnon. Je suis pareil à un buisson, Un tout petit buisson d'épines Qui marcherait sur des chaussons. J'envie la taupe ma cousine, Douce...
Quelle, et si fine, et si mortelle, Que soit ta pointe, blonde abeille, Je n'ai, sur ma tendre corbeille, Jeté qu'un songe de dentelle. Pique du sein la gourde belle, Sur qui l'Amour meurt ou sommeille, Qu'un peu de moi-même vermeille Vienne à la chair...
Les petits lapins, dans les bois, Folâtrent sur l'herbe arrosée Et, comme nous le vin d'Arbois, Ils boivent la douce rosée. Gris foncé, gris clair, soupe au lait, Ces vagabonds, dont se dégage Comme une odeur de serpolet, Tiennent à peu près ce langage...
Nous vous en prions à genoux, bon forestier, dites-nous le ! à quoi reconnaît-on chez vous la fameuse grenouille bleue ? A ce que les autres sont vertes ? A ce qu'elle est pesante ? Alerte ? A ce qu'elle fuit les canards ? Ou se balance aux nénuphars...
Un ange c'est quelqu'un qui nous remet de bonne humeur. Pour les anges, la chose la plus agréable qui soit, après la capacité de voler, c'est le rire. Un ange est quelqu'un qu'on croit connaître depuis toujours alors qu'on vient de le rencontrer. Tout...
Et pleine d'un bétail magnifique, l'étable, A main gauche, près des fumiers étagés haut, Volets fermés, dormait d'un pesant sommeil chaud, Sous les rayons serrés d'un soleil irritable. Dans la moite chaleur de la ferme au repos, Dans la vapeur montant...
J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité. Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de Baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère ? J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant Ton ombre à se croiser sur...
Les feuilles des bois sont rouges et jaunes; La forêt commence à se dégarnir; L'on se dit déjà : l'hiver va venir, Le morose hiver de nos froides zones. Sous le vent du nord tout va se ternir... Il ne reste plus de vert que les aulnes, Et que les sapins...
Enfant sur la terre on se traîne, Les yeux et l'âme émerveillés, Mais, plus tard, on regarde à peine Cette terre qu'on foule aux pieds. Je sens déjà que je l'oublie, Et, parfois, songeur au front las, Je m'en repens et me rallie Aux enfants qui vivent...